Climats 78

PITCH :

1978. Dix ans déjà que Mai 68 a essaimé parmi la jeunesse ses slogans lapidaires, sa contre-culture transgressive et ses espoirs de lendemains qui chantent. Une lycéenne en mal d’affection traine son blues lancinant entre sa famille psychorigide et une amie trop futile jusqu’à ce qu’elle rencontre une bande de freaks assumés gravitant autour du groupe Quartiers Nord. Entre Rock engatsé et autres substances illicites, sa vie bascule.

GENÈSE D’UNE EXPÉRIENCE CINÉMATOGRAPHIQUE EN COLLECTIF DE PRODUCTION :

1978. Une dizaine de copains, la plupart étudiants issus de la « bande créative » dont fait partie le groupe Quartiers Nord (né au mois de novembre de l’année précédente) s’interroge sur l’évolution d’une certaine jeunesse marginale contestataire à Marseille, dix ans après Mai 68.

Cela fait des années, depuis le lycée, au début des années 70, qu’ils pratiquent l’écriture (à travers leurs journaux et leurs sagas décalées), la musique (sous la forme de groupes successifs explorant les diverses tendances du Rock de l’époque) et le cinéma (avec leurs Films débiles, constitués d’une série de sketchs déjantés tournés en Super 8). Mais, cette fois, le projet se veut plus ambitieux : réaliser un moyen-métrage en 16 mm, négatif optique.

Ne bénéficiant d’aucun budget de départ (presque tous étant d’origines populaires) et n’ayant en tout et pour tout à leur disposition qu’une vieille caméra Paillard-Bolex à ressort particulièrement bruyante, ils décident de créer un collectif et de se cotiser tous les mois afin de constituer une cagnotte nécessaire à l’achat de la pellicule. Cependant, cette dernière ne pouvant être délivrée par les laboratoires à une structure amateur, ils font appel à l’ancien instituteur de Robert Rossi, le cinéaste Paul Carpita qui, après la saisie, le 15 août 1955, de son film Le Rendez-vous des quais, resté jusqu’alors censuré, s’est résolu à réaliser des films d’entreprises.

Après l’écriture du scénario et avoir constitué une équipe d’acteurs et d’opérateurs dans leur proche entourage, notamment en recrutant, outre les amis, quelques uns de leurs anciens profs de lycée et deux lycéennes dont ils prennent soin de demander l’autorisation des parents, les membres de l’équipe se procurent un posemètre et un pied de caméra. Le tournage débute à l’automne 1978 et s’étale tout au long de la saison 78/79. Mais la dispersion de l’équipe au début de l’année scolaire 79/80, due essentiellement au départ, après l’année de Terminale, de la lycéenne qui avait en charge le rôle principal, porte un coup d’arrêt à l’élaboration du doublage à cause de l’indisponibilité immédiate de la personne et du coût engendré par une telle opération.

Après des années de blocage, l’équipe se résout, à faire exécuter les doublages des acteurs indisponibles par d’autres personnes, amateurs volontaires, au studio Top Réalisation, aux Chutes Lavie (Marseille 4ème), dont le responsable, Richard Spinosa, est un ami de Paul Carpita.

Mais le montage négatif, qui doit s’effectuer de façon particulièrement méticuleuse et dans des conditions de confinement extrêmes, s’avère excessivement coûteux, et surtout inaccessible aux bourses du collectif. Après réflexion, il est décidé qu’il serait effectué par Robert Rossi, à demeure. L’équipe se fabrique donc une table lumineuse de fortune et s’enquiert auprès de Paul Carpita (toujours lui) pour se faire prêter deux enrouleuses que l’on scelle aux extrémités de la table. Le travail est long et fastidieux car il faut compter et recompter les numérotations constituant les repaires de changement de plan avant de couper dans le négatif et de coller proprement les plans choisis.

Une fois cette opération accomplie, les fonds manquent toujours pour tirer la première (et sans doute unique) copie positive optique définitive de l’œuvre. L’équipe décide alors de faire appel à la solidarité de ses amis comédiens et musiciens. Une soirée de soutien, composée d’une troupe de cabaret et du groupe Quartiers Nord, est organisée à l’Arsenal des Galères afin de récolter le budget nécessaire qui permettra le tirage définitif.

Le film est enfin présenté à la MJC Picaud, presque dix ans après les débuts de l’aventure, dans le cadre du Festival de Cannes 1987.